Kazan - Partie I

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Modérateur: Bill

Kazan - Partie I

Messagede Bill » Mar Nov 27, 2007 5:12 pm

Kazan (Казань/Казан/Qazan, 1.160.000 habitants), capitale et principal centre économique de la République du Tatarstan (Татарстан, 3.700.000 habitants), se situe à 720 km à l'est de Moscou. Fondée voilà plus de 1000 ans -- probablement dès le début du XIe siècle par des tribus de bulgares de la Volga -- ce qui en fait l'une des plus anciennes villes de Russie --, la cité s'est développée sur la rive gauche de la Volga, à la confluence avec la rivière Kazanka. Les langues officielles de la République sont le tatar (langue dérivée du turc dont l'écrit utilise l'alphabet cyrillique plus quelques autres lettres non-slaves) et le russe. Les deux principales ethnies représentées à Kazan sont les Russes (50 %), traditionnellement de confession chrétienne orthodoxe, et les Tatars (43 %), de confession musulmane, qui cohabitent pacifiquement (ce qui ne fut pas toujours le cas au cours de l'Histoire, notamment lorsque la ville, alors capitale du puissant khanat de Kazan (1438), fut prise d'assaut par les troupes d'Ivan IV le Terrible en 1552 et sa population massacrée, réprimée ou convertie par la force à l'orthodoxie).

Ces photos, que certains auront peut-être déja vues, ont été prises en juin 2006.

I. LE KREMLIN


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Le kremlin de Kazan (Казанский кремль), vu ici depuis la berge opposée de la Kazanka, constitue un ensemble architectural unique et un monument historique qui figure à juste titre dans la liste du patrimoine mondial (classé depuis l'an 2000 par l'UNESCO). Cette citadelle est unique de part le fait qu'elle est le seul centre mondial de la culture et du pouvoir tatars, que c'est la seule place forte tatare en Russie qui a conservé sa structure urbaine et fonctionnelle d'origine, que c'est le résultat exceptionnel de l'interaction de cultures boulgare, des mongols de la Horde d'Or, des anciens tatars du Moyen Age, italienne, russe et tatare moderne, que c'est l'avancée la plus au nord de la culture islamique dans le monde et l'influence la plus orientale de l'architecture russe des styles de Pskov-Novgorod, et qu'enfin, elle représente une synthèse des styles architecturaux tatar et russe par ses principaux édifices (la tour Souïoumbiké, au centre de la photo, la cathédrale de l'Annonciation, ici derrière la tour Souïoumbiké, et la tour du Sauveur, sur la droite, derrière les minarets de la récente et grande mosquée Koul-Charif). Egalement visibles sur cette image, le palais du Gouverneur (résidence présidentielle) et son église, et quelques tours défensives du mur d'enceinte. Au premier plan, la Kazanka dont le cours à l'embouchure se jette depuis la fin des années 1950 dans le grand réservoir Kouïbychev (ou réservoir de Samara) sur la Volga. Au second plan, la digue du kremlin (ex-Lénine) et l'avenue des Décabristes.

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Vue de la citadelle de Kazan sur une gravure d'André Durand, fin des années 1830 - au premier plan, la rivière Kazanka (www.tatar.museum.ru)


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Au pied du kremlin (Казанский кремль) et de son mur d'enceinte tout blanc, le dragon-serpent couronné (Зилант, древний герб Казани), symbole héraldique de la ville, affiche la force, la puissance et l'énergie, mais aussi la grandeur, la sagesse, l'immortalité et la renaissance éternelle de Kazan. Sa langue fine et tendue évoque l'impulsion, la vitesse et l'orientation vers un but précis. La couronne symbolise un haut degré de développement. A l'arrière-plan, la tour de la Transfiguration (Преображенская башня) veille sur la grande mosquée Koul-Charif (мечеть Кул-Шариф). Cette sculpture -- un don de Marat Goubaïdoulline et du groupe publicitaire Larissa pour le millénaire de la ville célébré en 2005 -- orne l'entrée souterraine de la récente station de métro Kremliovskaïa. On retrouvera ce symbole à plusieurs endroits et sur plusieurs monuments de la ville.

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Les dragons ornant la fontaine au parc du Millénaire

Il existe différentes légendes relatives au zilant (créature fantastique analogue aux dragons des contes et légendes occidentales) et dont l'origine se perd dans la nuit des temps, peut-être un vestige totémique de très anciennes populations turques venues de l'Altaï et ancêtres des tatars. Une de ces légendes raconte qu'une demoiselle avait un jour épousé un habitant du vieux Qazan (Kazan). Comme elle devait chaque jour aller puiser l'eau dans la rivière Qazançu (la Kazanka), elle finit par se plaindre auprès du khan en lui expliquant que sa capitale était bien mal située et qu'il ferait mieux de la déménager sur la colline voisine de Zilantaï (où se trouve de nos jours le monastère de la Dormition de Zilantov), ce que le khan jugea en effet plus judicieux. Cependant, ladite colline était infestée de serpents dont le plus gros était un spécimen géant à deux têtes (le zilant). Une bouche lui servait à se nourrir uniquement d'herbe, et l'autre à dévorer des jeunes filles. Un magicien-enchanteur conseilla alors au khan d'entasser des bottes de paille et des fagots de bois près de la colline. Au printemps, les serpents sortiraient de leur hibernation et se glisseraient dans la paille à laquelle il suffirait de mettre le feu pour se débarrasser une fois pour toute des bestioles. Ce qui fut réalisé avec succès malgré de lourdes pertes humaines, les serpents se défendant férocement, même dans la mort. Seulement voilà, le zilant parvint à échapper aux flammes et se réfugia dans le lac Qaban où il résiderait toujours, y sortant de temps à autre pour se venger sur quelques citoyens de la ville. Selon d'autres sources, le zilant se serait transformé en un esprit qui règnerait dans les profondeurs du lac. Une autre version prétend que le zilant n'aurait pu s'échapper dans le lac et qu'il aurait essayé de se venger du prince qui s'était porté volontaire pour allumer l'incendie. La lutte aurait eu lieu à quelque distance de Kazan et le héros aurait été coupé en six par le monstre qui aurait toutefois fini par succomber aux blessures empoisonnées et mortelles infligées par le valeureux prince. Une autre légende encore affirme que le zilant serait finalement retourné sur la colline de Zilantaï où il habiterait dans une grotte d'où il sortirait de temps en temps pour effrayer les habitants de la ville et boire l'eau du lac Noir. Les habitants auraient dans un premier temps accepté de lui verser des offrandes et de pratiquer des sacrifices avant de réussir à le tuer avec l'aide du magicien.

On peut aussi évoquer d'autres mythes relatifs au zilant. L'un d'eux raconte que, lorsque les bulgares de la Volga ont fondé la ville de Bilär (Bilyar, aujourd'hui disparue), ils furent confrontés sur place à un énorme serpent qu'ils décidèrent de tuer. Le serpent les supplia de le laisser en vie et pria Allah de lui donner des ailes pour fuir. Sa prière fut exaucée. Un autre grand serpent aurait vécu dans le temple païen de Shaïtan d'Elabouga, le long du fleuve Kama (petite ville tristement célèbre où se suicida la grande poétesse Marina Tsvetaïéva en 1941, enterrée au cimetière municipal). Bien que les bulgares aient adopté l'islam dès le Xe siècle, le serpent aurait continué à faire parler de lui jusqu'à l'époque des invasions par Tamerlan le mongol.


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Nous allons maintenant visiter le kremlin (Казанский кремль), la centre historique de la ville, et ses principaux édifices religieux et administratifs. L'entrée principale du kremlin est au bout de la rue Kremliovskaïa, sur la place du 1er mai (площадь 1 мая) où donnent également la mairie et le musée d'Etat que nous verrons plus loin. On accède à la citadelle en passant sous la Tour du Sauveur (Спасская башня / Хан или Арча) et son église dessus-de-porte de l'Icône-du-Christ-Acheiropoïète (надвратная церковь Спаса Нерукотворного). Cette tour a été bâtie par les architectes de Pskov Postnik Yakovlev et Ivan Chiryaï entre 1556 et 1562. L'église était à l'origine destinée à abriter l'icône d'Ivan-le-Terrible et autres reliques après la conquête de Kazan par les Russes en 1552. Elle abrita également l'étendard du prince Dimitri IV Donskoï, héros de la bataille de Koulikovo Polié (ou « Champ des Bécasses » près du Don, en 1380) contre les Mongols de la Horde d'Or. A l'origine, la tour en pierre blanche a des fondations carrées (23 x 23 m) et possède la forme d'un tétraèdre à deux niveaux percé d'un porche. Dans les années 1670 (probablement après l'incendie de 1672), deux autres structures superposées de forme octaédrique en brique seront ajoutées à l'ensemble. Le premier octaèdre abrite l'horloge alors que le second, ajouré, sert de clocher. L'église occupe tout le volume de la tour dont la façade est décorée d'ornements du XVIe siècle. Autrefois, un pont-levis en bois (pont en pierre au XVIIIe siècle) permettait de franchir un profond fossé creusé devant l'entrée. La première horloge à carillon fut installée au XVIIIe siècle. Après l'incendie de 1815, les murs sud et nord autour de l'église ont été reliés. En 1820, un double escalier permettait d'accéder à l'Icône du Christ-Acheiropoïète accroché depuis 1552 sur la façade qui faisait face à la ville. En 1857, le passage sous la tour fut reconstruit (il était auparavant en forme de L) et le fossé comblé. Dans le mur aveugle de l'enceinte qui touchait l'église côté est, fut construite une arche pointue au-dessus de laquelle fut déposé un bouclier orné du dragon-serpent (le zilant) symbole de la cité, bouclier remplacé dans les années 1880 par une icône de Notre-Dame-de-Kazan. En 1910, aux escaliers menant à l'icône du Christ-Acheiropoïète fut substituée une chapelle octogonale à chatior qui masquait presque entièrement la base de la tour originelle, construction qui sera démolie dans les années 1930. En 1963, un mécanisme d'horlogerie électrique vint remplacer l'ancien sur trois des huit facettes de la tour du Sauveur et une étoile sera placée à son sommet.

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La Tour du Sauveur du kremlin de Kazan, années 1880 et années 1920


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Dans la partie sud-ouest du kremlin, près de la Tour du Sauveur, se trouve le site du monastère de la Transfiguration-du-Sauveur (Комплекс Спасо-Преображенского монастыря) dont la construction avait commencé en 1557. Ce monastère était, au XVII et XVIIIe siècles, le centre de l'activité missionnaire de la région de Kazan et y étaient enterrés les notables de la cité. Cet ensemble comprend les vestiges de la cathédrale de la Transfiguration bâtie en 1595-1601, l'église Saint-Nicolas-le-Guerrier, le bâtiment des moines et une petite crypte datant de 1596. La cathédrale de la Transfiguration fut l'une des premières églises à être démolie dans les années 1920 après la révolution bolchevique, pendant la période de persécution contre la religion. Seules ses fondations en pierre calcaire subsistent de nos jours.

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L'ancien monastère de la Transfiguration-du-Sauveur du kremlin avant sa démolition


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Après avoir franchi la Tour du Sauveur -- l'entrée principale du kremlin (libre pour les piétons et gratuite) --, on parcourt la large rue rectiligne bordée de candélabres qui mène vers la cathédrale de l'Annonciation. De part et d'autre de la rue, deux longs bâtiments : à gauche, les Offices Publiques et à droite, le Corps des Cadets.

Les Offices Publiques (Комплекс зданий Присутственных мест) ont été bâties par V.I. Kaftyrev dans les années 1770 le long de la perspective qui reliait la Tour du Sauveur à la Tour du Secret. La façade principale du bâtiment est de style classique tardif (remaniée dans les années 1840) tandis que la façade donnant sur la cour intérieure, presque inchangée, comporte encore les détails de la fin du XVIIIe siècle. Cette solution permettait à l'ensemble (qui inclut également la Salle des Gardes construite en forme de L au milieu du XIXe siècle sur la gauche de la Tour du Sauveur, à l'angle sud-est du kremlin) de former une continuité architecturale avec les premiers bâtiments extérieurs, jouxtant la citadelle. La tendance stylistique appliquée lors de la refonte du plan de masse de Kazan à cette époque (après le grand incendie de 1765) était de réunir dans un style commun les principaux bâtiments du centre ville avec ceux du kremlin. Ainsi peut-on constater que les édifices de l'Université, du Conseil de ville (aujourd'hui la mairie) et des Galeries marchandes (de nos jours le musée d'Etat du Tatarstan) présentent de grandes similitudes. Le style architectural « Empire russe » des Offices Publiques se reflète jusque dans la conception du mausolée aux combattants situé sur une petite île au milieu de la Kazanka (élevé sous sa forme actuelle en 1829). De la même façon, les ensembles religieux du kremlin se retrouvent en écho dans le centre ville au niveau de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul (1723-1726) et du monastère Saint-Jean-le-Précurseur (1555-1564). Ainsi, le kremlin de Kazan est la quintessence et le point focal de toutes les solutions architecturales utilisées dans la ville et continue de jouer son rôle historique, spirituel et directeur en ce qui oncerne la planification de l'urbanisation. Les Offices Publiques abritent de nos jours des bureaux de l'administration et du gouvernement.

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La rue principale du kremlin vue depuis la Tour du Sauveur et Le bâtiment des Offices Publiques (fin XIXe s.).

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Le Corps des Cadets vu depuis la tour Souïoumbiké, fin du XIXe s. (à gauche, le clocher de la cathédrale de l'Annonciation).


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La cathédrale de l'Annonciation du kremlin de Kazan (Благовещенский кафедральный собор казанского кремля), située près du Palais du Gouverneur, est l'un des plus vastes bâtiments de la citadelle et l'un des plus vieux édifice en pierre de la ville qui se soit conservé. Elle a été érigée en 1561-1562 par les bâtisseurs de Pskov dirigés par les fameux architectes Postnik Yakovlev et Ivan Shiryai dans la partie nord-est du territoire du kremlin. C'est là leur héritage le plus oriental en Russie du style architectural de Pskov-Novgorod.

A l'origine il y avait à cet emplacement une petite église en bois bâtie en 1552, en quelques jours seulement, sur ordre d'Ivan-le-Terrible pour commémorer la toute récente victoire sur le khanat (et plus généralement de la chrétienté sur l'islam). Cette église devint, en 1555, une cathédrale et la collégiale de l'évêque Goury. Le 15 août 1562, le nouvel édifice reconstruit en pierre était consacré. Le bâtiment possède six piliers, trois absides, deux chapelles reliées par un parvis qui enveloppent la partie centrale en forme de cube, le tout couronné par cinq dômes. Les colonnes intérieures de la cathédrale sont circulaires, à l'instar de celles de la cathédrale de la Dormition (Assomption) du kremlin de Moscou. En 1604, les étroites fenêtres furent élargies et l'intérieur orné de fresques. A la même époque, un beffroi à six niveaux, un peu moins haut que la tour Souïoumbiké voisine (voir plus loin), fut élevé à l'angle nord-ouest. Au premier étage se trouvait la plus grosse cloche de la ville, d'un poids de plus de 24 tonnes et, à sa base, l'église de la martyre sainte Irina qui fut fermée au début du XVIIIe siècle pour cause de vétusté et ne rouvrit qu'en 1832. Bâtie en pierre blanche calcaire, la cathédrale a toutefois connu plusieurs incendies (en 1596, 1672, 1694, 1742, 1749, 1757 et 1815) et fut l'objet de trois reconstructions majeures. Les façades extérieures sont ornées de pilastres et d'arcatures aveugles. les murs sont couronnés de zakomary en forme de quilles renversées. Les coupoles, initialement en forme de casque, ont été remplacées en 1736. La coupole centrale, couverte de cuivre doré et en forme de poire, est de style baroque ukrainien, alors que les dômes latéraux, en forme de bulbe d'oignon, sont bleus parsemés d'étoiles dorées. Côté ouest, un réfectoire construit en 1736 (rebâtit et surélevé après l'incendie de 1815) vient compléter l'ensemble. Le tsar Nicolas Ier visita Kazan en 1836 et décida, plutôt que d'allouer des fonds pour la reconstruction de la petite église d'hiver de la Nativité jouxtant la cathédrale, d'agrandir cette dernière, travaux qui se déroulèrent entre 1841 et 1846 à l'ouest, au nord et au sud-ouest, sous la direction de l'architecte F.I. Piétondi. De ce fait, les anciennes chapelles sont intégrées dans le bâtiment principal et deux nouvelles, chacune avec un accès indépendant, sont ajoutées, consacrées respectivement à la Nativité-du-Christ et aux saints Boris et Gleb. La cathédrale est désormais entièrement chauffée au poêle. Depuis cette époque, l'aspect extérieur de la cathédrale (enlaidie par les travaux d'agrandissement selon certains) n'a pratiquement pas changé. L'entrée principale, à l'ouest, sera ornée d'un haut perron, couvert en 1863. En 1897, au sous-sol, sous l'autel, est consacrée une église de Tous-les-Saints, tombeau des métropolites et des évêques. Si les fresques, abîmées par les incendies successifs, ont été refaites en 1869-1870 (N.L. Safonov), l'intérieur fut quant à lui remanié une nouvelle fois au début du XXe siècle sous la direction de F. Malinovski qui conserva cependant l'espace central d'origine avec le tambour, les absides, les travées latérales et un certain nombre d'éléments décoratifs. Le sol à carreaux de céramiques est toujours visible.

Après la Révolution d'Octobre, alors que Kazan était aux mains de la Garde Blanche, les combats d'artillerie avec les Rouges se soldèrent par la destruction à coup d'obus des dômes de la cathédrale (il faut dire que la fonderie de canons était située juste en face). A l'automne 1918, le bâtiment était fermé, le clergé et le métropolite ayant fuit avec les Blancs. Quelques mois plus tard, les tchékistes voulurent s'emparer des biens religieux qui, pour une bonne part et grâce aux efforts de la Commission pour la protection des monuments et antiquités, finirent par atterrir dans des bibliothèques et des musées. Les offices religieux reprirent en 1920, pour finalement définitivement cesser en 1925. Le clocher sera démoli en 1922. La cathédrale hébergera jusqu'en 1996 le service des archives de l'Etat. Les fresques du XVIIe siècle ont été remises à jour dans les années 1980-1990 (dont l'une des premières représentations de l'icône de la Vierge-de-Kazan), mais les véritables restaurations de l'intérieur de la cathédrale n'ont démarré qu'à partir de 1997. Les dernières ont été achevées en 2005, pour les célébrations du millénaire et les 450 ans de l'éparchie de Kazan. La cathédrale de l'Annonciation, et l'ensemble qu'elle constitue avec les bâtiments voisins de la maison de l'Evêque (Архиерейский дом) et du Consistoire (здание духовной консистории), fait aujourd'hui partie du domaine muséographique et architectural exceptionnel du kremlin de Kazan.

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La cathédrale de l'Annonciation au XIXe siècle (à gauche, avant les travaux d'agrandissement de 1841-1846 sur une lithographie d'A. Durand datée de 1845). Clocher démoli en 1922.

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Situé au centre d'une petite place surélevée, entre la cathédrale de l'Annonciation du kremlin et les bâtiments du Consistoire et de la Maison de l'Evêque, ce monument en bronze dévoilé en novembre 2003 honore les remarquables architectes de la citadelle (скульптурная композиция « Зодчие Казанского Кремля »). Cette sculpture, due aux artistes Alexandre Golovatchev, Vladimir Demtchenko et Roustam Zabirov, représente un architecte russe, assis et tenant le plan de la Tour du Sauveur dans la main, et un architecte tatar debout à ses côtés, tenant un rouleau des plans du kremlin. Le piédestal est orné de motifs slaves et orientaux symbolisant le mélange des cultures russe et tatare.


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A droite : la tour Souïoumbiké et la cathédrale de l'Annonciation au début du XXe siècle

La tour penchée (de) Souïoumbiké (Башня Сююмбике казанского кремля, parfois écrit Souïoumbika, Souïoumbiki, Soyembika...) est le symbole architectural de la ville de Kazan. Elle est située sur le plus haut point de la colline du kremlin (à 70 mètres au-dessus du niveau de la Kazanka). Son appellation vient du nom de la dernière princesse tatare Souïoun (née vers 1516 -- décédée après 1554), fille du prince nogaï Ioussouf et épouse des khans de Kazan Dzhan-Ali (1533-1535), Safa-Giraï (1535-1549) -- devenue « la tsarine paysanne » régente entre 1949 et 1551 -- et Chakh-Ali (1553). Souïoun (appelée plus tard affectueusement Souïoumbiké -- « Maîtresse vénérée » -- par ses sujets), née dans les steppes, arriva à Kazan en 1532 et y vécut jusqu'à sa capture par les Russes en 1551, date à laquelle elle fut envoyée en exil à Moscou en compagnie de son jeune fils, Outiamych-Giraï, où elle décèdera quelques années plus tard. A noter que la tour porte aussi un autre nom familier des tatars : le minaret de la mosquée du khan.

Cette construction a donné naissance à un certain nombre de légendes. L'une d'elle explique que la tour fut érigée sur la tombe de saints musulmans, lieu de pèlerinage de la population locale. A proximité se situait également le tombeau du khan Safa-Giraï, l'époux favori de Souïoumbiké qui mourut en 1549. L'histoire populaire, transmise de générations en générations, raconte comment un mausolée ou une mosquée-mémorial (la tour Souïoumbiké) fut élevée sur la sépulture du khan près de 150 ans après que la princesse se soit éplorée « pendant deux heures » sur la tombe de son mari, avant son exil forcé vers Moscou en 1551. Quoi qu'il en soit, les légendes accordent toutes à Souïoumbiké une beauté et une intelligence rares. Ivan IV dit Le Terrible aurait même proposé de l'épouser, mais il essuya un refus de la fière princesse. C'est un tsar vexé et en colère qui, avec sa puissante armée, fit le siège de Kazan. Eperdue, Souïoumbiké accepta finalement le mariage à la condition que les bâtisseurs du tsar érigent en 7 jours une tour plus haute que tous les minarets de Kazan. Les ouvriers montèrent un étage par jour et, à la fin de la semaine, le voeu de la princesse était exaucé. Pendant le banquet nuptial, Souïoumbiké demanda au tsar la permission de s'absenter un moment pour admirer une dernière fois sa ville du haut de la tour avant son départ pour Moscou. La faveur ayant été accordée, la princesse grimpa jusqu'au dernier étage... et se jeta dans le vide.

La date de construction de la tour Souïoumbiké n'a jamais été établie de façon formelle car il n'existe plus aucune trace dans les annales de sa genèse. Selon certains spécialistes, ce monument aurait été bâti à l'époque du khanat de Kazan, vers le milieu du XVIe siècle. Selon un autre groupe de chercheurs, la tour serait plus récente, datant de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle et serait à l'origine l'entrée d'apparat de la maison du commandant de la place qui remplaça l'ancien palais du khan (à l'emplacement de l'actuel palais du Gouverneur). Les fouilles archéologiques entreprises ces dernières années près des murs nord et est de la tour ont montré qu'il existait une mosquée à cet emplacement à l'époque du khanat, dont il subsistait encore des vestiges à la fin du XVIIe siècle, et l'on comprend mieux pourquoi la population tatare considère encore aujourd'hui la tour Souïoumbiké comme le minaret de la mosquée du khan. Une autre hypothèse crédible attribue l'héritage de cette architecture unique en Russie à l'influence artistique de maçons de la Renaissance italienne. Finalement, les études les plus sérieuses semblent montrer que la construction de la tour n'a bel et bien débuté qu'au début du XVIIIe s.

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La tour Souïoumbiké sur une lithographie d'André Durand, début des années 1840. Sur sa droite, on peut voir l'église du Palais à demi ruinée, datant de 1768 et détruite dans un incendie en 1815, seulement reconstruite en 1859 sur ordre de Nicolas Ier. A droite, la tour Souïoumbiké à la fin du XIXe - début du XXe siècle. L'ancien aigle impérial à deux têtes a été remplacé après la révolution, en 1918, par le croissant de l'islam.

L'édifice en brique rouge de taille surdimensionnée, est constitué de sept niveaux d'une hauteur totale de 58 mètres. Les trois premiers niveaux s'étagent en gradins et sont ceinturés de galeries ouvertes. Le premier niveau, d'une superficie de 140 m2, dispose d'un passage en arche. Les niveaux de forme octogonale (vosmeriks) qui s'empilent sur les trois premiers niveaux de forme tétraédrique, sont coiffés d'une tour-lanterne d'observation et d'un toit à chatior surmonté d'une flèche. La façade inférieure est ornée de colonnes en brique sans chapiteau, des encorbellements en forme de stalactite. Les galeries des niveaux carrés sont entourées d'un parapet peu élevé, orné de détails décoratifs. Selon les experts, l'ornementation de la tour Souïoumbiké rappelle le style moscovite, mais des motifs dans la tradition bulgaro-tatare se retrouvent aussi sur sa façade et dans sa silhouette.

L'inclinaison importante de la tour a fait l'objet d'un suivi régulier et de travaux de renforcement depuis le début du XXe siècle. La déviation est aujourd'hui de 1,8 mètre par rapport à la verticale absolue. Au cours des dernières décennies, des travaux de consolidation des fondations ont été menés afin de ralentir et d'arrêter ce phénomène d'affaissement. Enfin, des restaurations de la façade et des intérieurs par l'utilisation de techniques spécifiques de traitement de surface de la brique ont permis de rénover les murs et de retrouver la teinte d'origine. Un nouveau croissant, symbole de l'islam, a été posé au sommet de la flèche de la tour en 1991 (c'était l'aigle impérial avant la révolution, puis un croissant à partir de 1918).

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Ci-dessus : la tour penchée Souïoumbiké devant le Palais du Gouverneur, dans le kremlin et détail du porche et de la grille dans le passage à la base de la tour (photos © 2006 A. Poliakov / Sova).

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Située au pied de la Tour Souïoumbiké, visible ici au second plan, l'église du Palais est également localisée devant la façade ouest du Palais du Gouverneur (Дворцовая церковь из комплекса бывшего Губернаторского двроца казанского кремля). Selon certaines sources, une église consacrée à la Présentation de la Vierge existait déjà à cet endroit dès 1565, église qui brûla en 1749 (certains chercheurs ont écrit que l'église se trouve à l'emplacement de l'ancienne mosquée Nour-Ali datant de la période du khanat, mais les fouilles archéologiques n'ont pas confirmé cette hypothèse). Reconstruit après 1768, le temple fut à nouveau ravagé par les flammes en 1815 et resta longtemps à l'état de ruines, comme le montrent les gravures de l'époque. Ce n'est qu'en 1859 que, sur ordre du tsar Nicolas Ier, l'édifice fut restauré et son autel consacré à la Descente du Saint-Esprit (la Pentecôte).

Le corps du bâtiment est un cube à deux étages (chetverik) et trois absides coiffé d'une unique coupole, le tour reposant sur un haut soubassement et ceinturé d'une galerie couverte. Les murs de l'église sont en brique et plâtre. Les façades du corps central sont ornés de colonnes géminées et ses fenêtres de chambranles de style baroque. La galerie, par laquelle on accède par un large escalier extérieur, est couverte d'une arcade soutenue par des piliers à facettes. La coupole de l'église, en bulbe d'oignon décoré de couronnes et de guirlandes à motif végétal, coiffe un haut tambour. Les dernières restaurations de l'édifice, destiné à abriter le musée de l'Histoire du peuple tatar, ont eu lieu en 2001-2004.


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Situé en face et légèrement en contrebas de la Tour Souïoumbiké, ce bâtiment est, de nos jours, le corps d'apparat de l'Administration présidentielle de la République du Tatarstan (Представительский корпус Аппарата Президента PТ Казанского Кремля), la résidence actuelle du Président du Tatarstan, Mintimer Chaïmiev, se trouvant désormais dans l'ancien Palais du Gouverneur de style pseudo-byzantin (bâti au XVIIIe siècle sur le site du palais des khans), dans la partie nord du kremlin. Cet édifice constitue l'aile nord du complexe de l'ancienne Fonderie de canons et de l'artillerie du kremlin (Северный корпус Артиллерийского Пушечного двора) entièrement restauré entre 1998 et 2004. Les architectes ont repris les lignes du bâtiment tel qu'il est représenté sur les gravures du XIXe s. d'Edward Turnerelli. C'est un mélange des styles classique et baroque avec des éléments empruntés à l'art oriental et mauresque. Les balustrades ajourées sont ornées de sculptures de dragons. Noter sur le fronton les armoiries de la République du Tatarstan ainsi que les drapeaux russe et tatar.


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Le complexe de la Fonderie de canons et de l'Artillerie (Артиллерийский Пушечный двор Казанского Кремля) occupe la partie nord-ouest du kremlin et touche le mur d'enceinte de la citadelle sur son flanc ouest. Cet ensemble est apparu à la fin du XVIIe siècle, à l'emplacement de l'ancien arsenal et des quartiers des Gardes du khan. Il se composait d'un bâtiment principal, dont la façade s'étire le long de la grande rue, et de deux autres corps au nord et au sud qui ferment une cour intérieure. L'entrée sur ce territoire se faisait par un passage situé au milieu du bâtiment principal. De cette époque subsistent de nos jours le bâtiment sud et les vestiges archéologiques de la fonderie localisée à l'intérieur de l'édifice existant. Lors de la révision du plan général du kremlin de la fin du XVIIIe siècle, l'ensemble architectural de la Fonderie fut redessiné, reconstruction à laquelle prit part le fameux architecte-ingénieur A. de Betancourt, l'auteur du Manège de Moscou. Toutefois, le bâtiment principal conserva son plan d'origine avec le passage central et ses deux tours d'angle. Au début du XIXe siècle, la Fonderie de Kazan était l'une des plus grandes de Russie qui produisait, entretenait et stockait des armes lourdes. En 1812, un nouveau bâtiment s'élevait à l'ouest, près du mur d'enceinte, où prirent place les ateliers des forgerons. Après l'incendie de 1815 qui ravagea le kremlin, la production d'armes fut arrêtée. L'ancien arsenal et la fonderie furent reconstruits en 1825 et affectés à une école militaire. En 1837, les travaux achevés, l'aspect général avait considérablement changé : la cour intérieure avait été nivelée, les bâtiments restaurés, la façade nord de l'ensemble reconstruite (aile occupée de nos jours par l'administration présidentielle de la République du Tatarstan) et un nouvel édifice à deux étages avait été élevé entre le corps principal et celui datant du XVIIe siècle. En 1866, les cantonnements militaires étaient transférés dans les nouveaux locaux de l'Ecole d'Infanterie de Kazan. Cet ensemble a fait l'objet de restaurations intensives entre 1998 et 2004 (architectes F.M. Zabirova, S.P. Chakirov, R.M. Zabirov et A.K. Biélostotskaïa). Mise à part l'aile nord, la plupart des bâtiments sont actuellement gérés par le musée du kremlin.


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Une vue du kremlin (Казанский кремль) depuis l'extérieur de l'enceinte, côté nord-ouest. De la gauche vers la droite : la tour du Secret, l'église du Palais, la tour Souïoumbiké (d'une hauteur de 58 mètres), la cathédrale de l'Annonciation et le bâtiment de l'administration présidentielle (aile nord de l'ancienne Fonderie de canons) derrière lequel se profilent les hauts minarets de la mosquée Koul-Charif.


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Il y a quatre siècles, la légendaire mosquée-madrasa médiévale Koul-Charif (Qolsharif) aux multiples minarets impressionnait par sa magnificence, ses dimensions, sa grâce, sa beauté et sa très riche bibliothèque (Соборная мечеть Кул Шариф). Elle était nommée en l'honneur de l'un de ses derniers imams, Seid Koul Charif, poète et homme d'église, ardent défenseur de la cause de Kazan face aux Russes. Cette mosquée était bâtie en pierre blanche. Lorsque Ivan-le-Terrible conquit Kazan en 1552, la mosquée fut incendiée et détruite, comme tous les autres édifices religieux musulmans de la ville. Il est à noter que les plans de l'ancienne mosquée aurait pu inspirer par la suite l'architecte de la cathédrale Saint-Basile de Moscou construite en l'honneur de la victoire sur le khanat de Kazan. Des vestiges de la mosquée ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques pratiquées au sud de la cathédrale de l'Annonciation, dans le kremlin.

En 1995, en vue des célébrations du millénaire de la cité de 2005, le Président de la République du Tatarstan signait un décret pour la reconstruction d'une réplique (version moderne et invérifiable car aucun document n'existe sur l'aspect du bâtiment originel) de cette mosquée, ce qui a pu faire hurler certains puristes et gardiens du temple de la Liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO (dont le kremlin de Kazan fait partie depuis 2000). 16 projets furent soumis à concourir. La première pierre était posée le 21 février 1996. 1500 ouvriers participèrent à ce gigantesque chantier d'une valeur de plus de 400 millions de roubles : c'est la plus grande mosquée de Russie (il en existe environ un millier au Tatarstan) et d'Europe. Son inauguration eut lieu le 24 juin 2005 devant un parterre de 5000 invités venus de 40 pays. L'ensemble, qui s'étend sur une zone de 19.000 m2, est constitué par le bâtiment de la mosquée, au centre, flanqué de deux pavillons plus petits. Outre la mosquée elle-même, ce complexe inclut une bibliothèque, une centre de publications et l'administration de l'imam.

Les architectes A.V. Golovine, A.I. Ichakov, I.F. Saifoulline, A.S. Sattarov, M.V. Safronov et S.P. Chakourov (projet Tatinvest-Grazhdanproyekt) ont conçu un édifice avec un volume central à facettes brisées et à la partie supérieure courbée, le tout coiffé d'un grand dôme bleu de 39 mètres de diamètre au niveau de la plate-forme du muezzin, accentué par 8 lignes verticales (4 minarets de 57 mètres de haut et 4 pinacles plus petits). A l'intérieur, la mosquée est divisée sur deux niveaux : le niveau supérieur est réservé aux offices religieux (assez de place pour accueillir un millier de fidèles) et le niveau inférieur au musée consacré à l'histoire de l'islam. Le hall central est éclairé par de hautes fenêtres de style gothique et des ouvertures en forme de tulipes. La façade reprend des éléments décoratifs de l'art tatar. L'intérieur est orné avec les 99 noms d'Allah et des 28 prophètes (cf. le Coran).

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L'intérieur richement décoré de la mosquée Koul-Charif (photos © 2005 David Hillegas)
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Un petit coup de pinceau et tout paraîtra neuf ! :)

Les fortifications de la citadelle du kremlin de Kazan sont constituées par une enceinte monumentale et des tours défensives datant du XVIe au XVIIIe siècles, ainsi que par des vestiges archéologiques qui remontent aux XIe et XVIe siècles. Le périmètre extérieur fait 1800 mètres de long. La construction des murs et des fortifications reflète une certaine continuité de traditions architecturales et a été réalisée en plusieurs étapes. Selon les historiens, la citadelle (kerman en tatar) de l'époque du khanat possédait au moins quatre points d'entrée, quatre passages dont la localisation est restée inchangée : la tour Nour-Ali (plus tard tour du Secret), la porte Elbouga (de la Résurrection), la porte Sboilivaïa (Dmitrovskaïa) et la tour Tioumenskaïa (de la Transfiguration). Ces anciennes tours, situées le long du périmètre de la forteresse et séparées d'une distance équivalente à un jet de flèche, étaient toutes fortifiées et dotées d'attributs défensifs (meurtrières étroites, archères...).

La citadelle tatare qui, au XVe siècle, occupait déjà près de la moitié du territoire de l'actuel kremlin, étaient ceinturée par des murs faits de rangées de troncs de chênes et de pins mêlés de terre et de pierres, murs dont l'épaisseur pouvait atteindre 6 à 7 mètres par endroit. Du temps des khans, on pense que la zone du kremlin actuel était coupée en deux par une tranchée fortifiée (la ravine Tezitski). D'autres murs, avec des passages de forme rectangulaire et des tours défensives, ceinturaient également l'autre moitié de la citadelle. Il est probable qu'à cette époque certaines des tours étaient bâties en pierre, peut-être avec l'aide d'architectes italiens de l'école lombarde qui, à la fin du XVe siècle, participaient à l'élévation des fortifications du kremlin de Moscou. Entre 1552 et 1556, après la chute du khanat, les maçons russes de Pskov dirigés par Postnik Yakovlev et son assistant Ivan Chiryaï reconstruisirent en pierre les parties nord et sud des fortifications, répliquant de façon générale le tracé de l'ancienne forteresse tatare tout en y incorporant quelques nouveautés. L'enceinte de la nouvelle citadelle possédait au total 13 tours. Au XIXe siècle, les points d'accès nord, nord-est, Dmitrovskaïa, du Consistoire, et nord-ouest furent démolis.

Les tours du kremlin, telles qu'on peut les voir de nos jours, se détachent au-dessus du plan du mur d'enceinte. Elles font deux à quatre étages de haut et se caractérisent par d'étroites meurtrières verticales et des lucarnes circulaires autrefois destinées à l'armement défensif. L'étage supérieur est en général couronné de merlons rectangulaires et coiffé de toits en bois de forme pyramidale. Les tours sont reliées entre elles par des murs élevés en pierre (milieu du XVIe siècle), en brique et pierre (fin du XVIe siècle) ou en brique seulement (XVIIIe et XIXe siècles). Cette muraille de 8 à 12 mètres de haut est sur deux niveaux, la partie supérieure étant achevée par des merlons rectangulaires sur les murs datant des XVIe et XVIIe siècles, ou par des queues d'aronde à archères sur des sections reconstruites au XVIIIe siècle. Depuis la seconde moitié du siècle dernier, le chemin de ronde est en partie couvert d'un toit en bois. A la base, les murs, percés de niches à canons, peuvent atteindre 6 mètres d'épaisseur.

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La tour-porche du Secret (Taïnitskaïa) et la tour ronde sud-est(photos © 2005 Издательство «Яналиф»).


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Autoportrait... (une vitre sur le bâtiment du Stade Central situé face au kremlin faisant office de miroir ; l'image est donc inversée).

A suivre Kazan - Partie II
http://www.vivreenrussie.net/forum/viewtopic.php?t=8342
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