Kazan - Partie X

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Modérateur: Bill

Messagede Bill » Dim Déc 02, 2007 1:28 pm

X. Vues de la rive droite de la Kazanka


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Près de l'embouchure de la Kazanka (devenue, à la fin des années 1950, une partie du réservoir Kouïbychev sur la Volga), non loin de la digue de l'Amirauté (Адмиралтейцкая дамба) visible ici à l'arrière-plan et qui relie le centre ville au faubourg de l'Amirauté (et sur laquelle passe la voie de chemin de fer qui vient de Nijni-Novgorod et Moscou), on peut voir au milieu d'un îlot ce monument-mausolée bâti en 1823 en mémoire des combattants russes tombés lors de la prise de Kazan en 1552 (храм-памятник в честь Нерукотворенного Образа Спасителя (воинам, павшим при взятии Казани в 1552 г.)).

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Carte d'origine allemande de la fin du XIXe siècle montrant l'ancien cours de la Kazanka qui contourne le faubourg de l'Amirauté, l'emplacement du mémorial indiqué par une flèche et, sur la gauche, le monastère de la Dormition de Zilantov au sommet de la colline (marqué d'une croix).

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Carte actuelle montrant l'embouchure de la Kazanka (fond de carte © rambler.ru).

La construction de ce monument est donc étroitement liée à la conquête de Kazan par le jeune tsar Ivan Vassiliévitch (Ivan IV surnommé plus tard « le Terrible ») entré en vainqueur dans la ville le 13 octobre 1552 et qui ordonna à l'higoumène Ioakim qui l'accompagnait que les combattants russes tombés au cours du siège (plusieurs milliers dont plusieurs centaines d'officiers issus de familles nobles ou princières) soient enterrés avec tous les honneurs dans une fosse commune au-dessus de laquelle devait être fondé un monastère consacré à l'Assomption de la Vierge Marie pour que les moines prient éternellement pour les morts. Les premières constructions en bois élevées à ce lieu, sur la rive de l'ancien lit de la rivière Kazanka, furent cependant rapidement endommagées par les crues de printemps. C'est pourquoi, quelques années plus tard, à la demande du père Ioakim, le tsar ordonna le transfert du monastère sur une colline non loin de là, hauteur connue sous le nom de mont Zilantaï (la colline du célèbre serpent-dragon zilant de la légende) où le conquérant avait autrefois établi son quartier général sous la bannière de l'Icône-du-Christ-Acheïropoïète et où il existait déjà une petite église. S'il y avait bien une chapelle au-dessus du tombeau collectif au XVIe siècle, les offices religieux en mémoire des morts se tenaient donc par la suite au monastère de la Dormition (Assomption) de Zilantov distant d'un peu plus d'un kilomètre (de nos jours un couvent dont l'activité a repris à la fin des années 1990 -- Свято-Успенский Зилантов женский монастырь).

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Le monument-mémorial isolé par une crue (lithographie d'E. Turnerelli, fin des années 1830).

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L'église-mémorial photographiée au début du XXe siècle.

Après les victoires face à l'armée napoléonienne au début du XIXe siècle et le regain du nationalisme russe, il devint à la mode à cette époque d'ériger des monuments en l'honneur de la patrie et des héros. Ainsi, l'archimandrite Amvrossii Strétienski, qui dirigeait le monastère de la Dormition depuis 1805, eut l'idée de proposer au tsar Alexandre Ier d'élever à la place de la vieille chapelle de la fosse commune un mausolée en forme de colonne. Le projet, repris par l'architecte N.F. Alférov, fut confirmé par l'empereur en 1813. Les travaux sur place furent supervisés par l'architecte A.K. Schmidt et le père Amvrossii. Grâce aux dons, à une souscription nationale et aux quêtes inlassables des moines du monastère, les fonds nécessaires (plus de 100000 roubles tout de même, ce qui représentait à l'époque une somme colossale) furent progressivement réunis. Le bâtiment fut achevé en 1823 et consacré la même année par l'archevêque de Kazan Amvrossii en l'honneur de l'image de la Sainte-Face-du-Sauveur (ou Icône-du-Christ-Acheïropoïète) qui figurait sur l'étendard d'Ivan le Terrible victorieux.

De nombreux défauts de conception (notamment au niveau du revêtement de pierre blanche peu adapté au climat local) eurent pour conséquence une rapide dégradation de l'édifice. Après la mort de l'archimandrite Amvrossii, le gouverneur de la place de Kazan demanda au Conseil municipal de prendre à sa charge la gestion et la restauration du site fermé en 1830. Les travaux, supervisés par l'architecte Piatnitski (qui venait de diriger la construction du complexe de l'université impériale de Kazan), s'achevèrent deux ans plus tard et le mausolée fut à nouveau consacré par l'archevêque Filarète. Le tsar Nicolas Ier et son fils, le tsarévitch Alexandre, le futur « tsar-libérateur » Alexandre II, visitèrent le site en 1836. Gardées pendant près de 30 ans par les religieux du monastère de la Dormition de Zilantov, les clés de l'imposant monument furent finalement confiées aux autorités militaires qui, depuis lors, affectèrent à ce rôle un officier en retraite, blessé au combat et ayant obtenu quelques récompenses. Par ailleurs, le Conseil municipal, représenté par l'Assemblée des marchands, décida de nommer comme conservateur l'un d'entre eux, prenant volontairement à sa charge les frais d'entretien. Après la réforme urbaine de 1870, seules les autorités municipales furent en charge de la gestion du monument, les postes de conservateur et d'inspecteur étant maintenus jusqu'en 1917. Les offices religieux y ont cessé en 1918.

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Etat des lieux en 2003/2004 : à l'extérieur et ossements humains dans la crypte (Courrier russe n° 295/juin 2004).

Après la Révolution, en 1924, il fut décidé de rebaptiser le mausolée « monument à la communauté des peuples » («памятник во имя содружества народов»). On proposa de remplacer la croix orthodoxe par une flèche en forme de minaret avec une plateforme supérieure, le tout couronné d'une étoile. A la base de ce « minaret », sur le dôme du temple, on pourrait voir deux moujiks, un russe et un tatar, se serrant la main. L'ancienne inscription « A la mémoire de la victoire sur les Tatars, 1552 » (qui d'ailleurs avait été effacée depuis longtemps, tout comme les attributs religieux ou les insignes des Romanov) devait être remplacée par une nouvelle « La communauté des peuples ». Mais la volonté divine a préservé le monument du sacrilège et, à l'époque soviétique, son aspect extérieur n'a pratiquement pas changé (mis à part la croix enlevée et certaines inscriptions effacées). En revanche, à l'intérieur, tout ce qui rappelait l'église fut systématiquement détruit. Ce n'est qu'en 2001 que les offices religieux ont repris avec le retour du temple au sein de l'Eglise orthodoxe russe (officialisé en 2005). Le monument lui-même étant devenu propriété de la ville, sa restitution complète à l'Eglise ne pouvait être effective qu'après les restaurations nécessaires (prévus initialement dans le cadre des célébrations du millénaire en 2005, ces travaux ont été plusieurs fois repoussés, la priorité étant la rénovation du centre ville -- la gestion du monument sera alors probablement partagée entre l'administration de la ville et celle du diocèse).

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Une vue récente de l'église-mausolée prise depuis la digue de l'Amirauté (photo © 2006 Andreï/andpot).

Le projet de mausolée imaginé par l'architecte du tsar N.F. Alférov en 1813 apparaît comme un savant « cocktail » de pyramide égyptienne et de colonnes grecques. C'est le premier de ce type en Russie (on retrouve un monument semblable construit à Sébastopol en mémoire des défenseurs de la ville lors de la guerre de Crimée en 1853-1855). C'est son collègue provincial A.K. Schmidt qui conduira les travaux et réalisera notamment les revêtements des murs en pierre blanche. Pour mémoire, Alférov participa, avec Voronikhine, à la construction de la célèbre cathédrale de Kazan de Saint-Pétersbourg. Le bâtiment se présente donc comme une pyramide tronquée de 20 mètres de haut et de 20 mètres de côté à la base (proportions géométriques idéales en architecture) érigée sur un haut piédestal. Sur ses quatre faces, il présente des portiques grecs aux colonnes doriques dont les frontons sont ornés de bas-reliefs rayonnants représentant une croix et l'ordre de saint Georges -- la plus haute distinction militaire impériale -- superposés, ainsi que des couronnes de laurier, symbole de la récompense céleste. A l'intérieur, 150 personnes seulement pouvaient prendre place. Quatre petites cellules aux minuscules fenêtres occupaient les angles, laissant place à l'église dans la partie centrale. En entrant, à gauche on pouvait voir un portrait d'Ivan le Terrible, le vainqueur de Kazan, et à droite celui du tsar Alexandre Ier, bâtisseur du temple et récent vainqueur de Napoléon. Au pied de la modeste iconostase, réalisée par Piatnitski, il y avait une grande icône de la sainte face du Christ, une copie fidèle (aux mesures près) de l'image portée sur l'étendard d'Ivan IV. Au sous-sol, la crypte, à laquelle on accédait par un escalier voûté qui descendait en spirale autour de l'église, abritait un tombeau ouvert contenant des crânes et des ossements humains au-dessus duquel pendait une veilleuse d'icône, seule faible lueur dans l'obscurité. Sur les côtés du tombeau, qui faisait face à un grand crucifix, on pouvait lire des inscriptions des Evangiles. Le sol de la crypte était fait de planches et non de pierres car, dessous, les ossements étaient encore innombrables... Au centre de l'église, au-dessus de la crypte, un plancher grillagé contenait également les restes de combattants. En réalité, la plupart des ossements reposaient encore plusieurs mètres sous terre, dans la colline, comme l'ont révélé les travaux menés en 1830-1832.

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Pêcheur au pays du matin calme devant l'église-mémorial et la silhouette du kremlin distant de 1,8 km (photo © 2005 Cyrios).

Ce mausolée présente les caractéristiques architecturales du style Empire venu de France à l'époque des guerres napoléoniennes. On y retrouve les formes massives, les portiques et des emprunts à l'architecture orientale (ici la forme en pyramide). C'est Piatnitski qui a sensiblement diminué sa hauteur pour le ramener à des proportions idéales (le fameux nombre d'or cher aux architectes), qui a consolidé les bas-côtés minés par l'eau, qui a reconstruit le corps principal et le dôme et imaginé un escalier à 20 marches. En 1834, on éleva autour une grille en métal disposée entre des piliers en pierre. En 1837, les murs ont été recouverts de feuilles de tôle peintes en noir alors que les colonnes et les portiques étaient blancs. Tout autour du bâtiment, on avait disposé d'anciens boulets de canon et des arquebuses en fonte datant des évènements de 1552. Un petit clocher avait été érigé à proximité. A l'intérieur, les moines qui veillaient les morts et assuraient le service religieux vivaient dans les cellules disposées aux quatre angles. Tous les ans au mois d'octobre, lors de la fête qui célébrait la prise de Kazan, une procession était organisée du kremlin vers le mausolée. Pour rajouter au pittoresque, après la construction de la digue dite de Kirov (aujourd'hui de l'Amirauté) et la montée des eaux, le monument, autrefois disposé sur une hauteur, s'est retrouvé isolé sur une petite île, émergeant à peine au-dessus du niveau de l'eau (ce qui n'arrivait auparavant que lors des crues saisonnières, comme l'aimaient à le représenter les peintres de Kazan au XIXe siècle). En 1930, après la Révolution, l'architecte A.G. Biktchentaïev effaça du monument tout ce qui pouvait alors déplaire aux communistes, et notamment tous les attributs religieux. A l'époque soviétique, la crypte fut profanée et vidée. Quelques restaurations furent toutefois entreprises à la fin des années 1950. Jusqu'au début des années 2000, les incendies furent fréquents et les dégradations d'origine naturelle (fissures, fuites, humidité...) ou humaine (graffitis, vandalisme, pillages, souillures...) avaient rendu le monument dans un bien triste état, d'autant que l'ajout récent d'une passerelle n'a fait que faciliter l'accès à l'îlot. Il était devenu le gîte de SDF et le lieu de quelques beuveries macabres. Il est à présent petit à petit nettoyé. Des projets de rénovation et d'aménagement du site existent depuis plusieurs années, mais ceux-ci dorment encore dans des cartons.

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En arrière-plan sur cette vue prise entre deux averses orageuses depuis la rive droite, sont visibles les bâtiments du kremlin distant de 1,8 km.


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Une vue de la citadelle depuis l'une des plages situées en rive droite de la Kazanka (réservoir Kouïbychev), entre les digues du kremlin ex-Lénine (ici visible) et de l'Amirauté ex-Kirov (вид на Казанский кремль с правого берега реки Казанка). De la gauche vers la droite, à l'intérieur de l'enceinte, le palais du Gouverneur (résidence du Président de la République du Tatarstan), l'église du palais à dôme unique, la tour penchée de Souïoumbiké en brique rouge (entre les deux, la tour-porche du Secret), en partie cachée la cathédrale de l'Annonciation avec ses dômes bleus, le complexe de l'ancienne Artillerie (avec le bâtiment d'apparat de l'Administration présidentielle) avec, derrière, le complexe du corps des Cadets, enfin sur la droite la grande mosquée Koul-Charif. Pour ceux qui auraient quelques temps à consacrer aux loisirs, au bout de la digue du kremlin, rue des Décabristes, se trouve le parc du Chouralé (парк развлечений «Шурале») -- du nom d'un personnage féerique (un elfe des forêts) du folklore tatar popularisé par un célèbre poème de Gabdoulla Toukaï (1907) -- avec des attractions pour tous les âges (ne fonctionne qu'à la belle saison). Outre la citadelle vue depuis l'une des plages situées en rive droite de la Kazanka, on peut voir sur la droite de la photographie le dôme du cirque (Казанский государственный цирк) et le restaurant « La Voile » (ресторан «Парус») au bord de l'eau (non, ce n'est pas un bateau).


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Une autre vue de la citadelle et d'une partie de son mur d'enceinte depuis la rive droite de la Kazanka, près de la digue du kremlin (ex-digue Lénine) (вид на Казанский кремль с правого берега реки Казанка). De la gauche vers la droite, à l'intérieur de l'enceinte : le palais du Gouverneur (résidence du Président de la République du Tatarstan) relié à l'ancienne église du palais (consacrée à la Descente-de-l'Esprit-Saint) à dôme unique, puis la tour penchée de Souïoumbiké en brique rouge avec, en partie cachée à l'arrière-plan, la cathédrale de l'Annonciation avec ses dômes bleus et doré, en avant la tour-porche de forme carrée dite du Secret (l'une des entrées du kremlin) derrière laquelle se profile dans le lointain la tour du Sauveur qui marque l'accès principal à la citadelle, vers la droite le complexe de l'ancienne Artillerie (avec le bâtiment d'apparat de l'Administration présidentielle sur le toit duquel flottent les drapeaux de la Russie et du Tatarstan) avec, derrière, le complexe du corps des Cadets et l'imposante mosquée Koul-Charif avec ses quatre minarets. Le haut bâtiment gris visible à l'extrême gauche est celui de la faculté de physique de l'Université d'Etat de Kazan.


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Vue nocturne du kremlin de Kazan depuis la Kazanka (photo © 2006 Easy). De la gauche vers la droite : les dômes de la cathédrale de l'Annonciation, l'église du palais, la tour Souïoumbiké, la tour du Sauveur (dans le fond), la tour-porche du Secret (au premier plan), le complexe de l'ancienne artillerie/fonderie avec le bâtiment de l'administration présidentielle, enfin l'imposante mosquée Koul-Charif.
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